Cher Nicolas,
tu as ignoré mes tweets où je te proposais mes services pour allumer des contre-feux people à l’affaire Woerth-Bettencourt.
A la place, tu as envoyé tes pires lieutenants vociférer dans les médias. Nadine Morano et sa classe légendaire, Xavier Bertrand et son sens de la mesure, Eric Besson et sa crédibilité de traître. Ne parlons pas des dizaines de militants UMP qui tentent de défendre leur camp, dans les commentaires des papiers des grands médias, sur Twitter, sur Facebook… Maladroitement, évidemment.
Bilan, deux jours après le papier explosif de Médiapart, c’est toujours un beau bordel. Puisque tu ne daignes pas m’appeler pour me demander conseil, je t’écris ce post, juste pour toi. Tu trouveras un mode d’emploi pour détourner l’attention des médias et donc, des Français. Attention, va falloir mouiller le maillot.
Souviens-toi l’hiver dernier, l’affaire Bruni-Biolay. Il faut que tu refasses la même chose. Mais en plus wouhaa. En beaucoup plus wouhaa. La France aime les losers, Nicolas. Les moquer, les plaindre, aussi. Et chez les losers, ceux qu’elle préfère, ce sont les cocus. Souviens-toi 2007.
Voilà ce que tu vas faire. En semaine 1, tu envoies Carlita séduire un acteur/chanteur/philosphe/homme d’affaire apprécié dans Paris, doté d’un bon réseau. Dans le même temps, fais courir le bruit qu’entre elle et toi, c’est un peu tendu. Choisis des interlocuteurs de confiance. Si eux ne parleront pas, leur entourage est susceptible de le faire. Ils auront du crédit.
Semaine 2 : Laisse Carlita s’afficher avec sa proie, en tout bien tout honneur. Il faut qu’ils apparaissent sur des photos officielles, sans toutefois donner l’impression qu’il se passe quelque chose. Cela servira plus tard à accréditer la thèse d’une relation entre eux, sans la prouver. Assure-toi que les rumeurs de tensions dans ton couple se diffusent tout doucement chez les hauts-fonctionnaires et tes proches politiques.
Semaine 3 : Si tout va bien, le bruit sur tes problèmes de couple va toucher les journalistes. Aucun n’osera le sortir, mais ils ne pourront pas s’empêcher d’en parler en off. Très rapidement, la rumeur de tension va se transformer en rumeur de séparation et va dépasser le cercle journalistique pour atteindre des relais d’opinions un peu moins puissants, mais plus bavards. Il n’y aura toujours aucune preuve, mais ça jasera. Pendant ce temps, demande à Carlita de passer du temps avec sa proie au vu et au su de son entourage proche.
Semaine 4 : Débrouille-toi pour qu’une série photos de Carlita et de sa proie soit réalisée. Dans l’idéal, il faudrait les voir entrer au domicile de son supposé amant, tard dans la nuit. Fais circuler cette série dans des rédactions amies, qui en prendront connaissance mais qui ne la publieront jamais Ô grand jamais. Dans toute rédaction amie, tu as des ennemis, qui s’empresseront, eux, de faire savoir que des photos de Carlita et X tournent. A ce moment-là, ça va commencer à s’affoler pour de bon. Médiapart va continuer sur Woerth, mais dans les dîners en ville, à Paris et en Province, on ne parlera que de tes mésaventures de couple.
Semaine 5 : Si tu as le bon timing, la semaine 5 correspondra à ta semaine de congés. L’air de rien, fais semblant de déminer ce que tu as toi-même instillé en posant très amoureux sur les plages du Cap Nègre avec Carlita. Faites-en trop tous les deux, qu’on pense que vous avez quelque chose à cacher. Les rédactions amies voleront à ton secours en diffusant les photos.
A partir de là, tu laisses reposer. Normalement, au mois d’août, peu de journalistes fouille-merde viendront t’ennuyer. Juste avant la rentrée, Carlita et toi, vous avisez. Si l’affaire Woerth s’est tassée, passez à autre chose. Si ça reprend, on enchaîne avec la phase 2, en semaine 9.
Semaine 9 : Si tu en arrives à la semaine 9, c’est que les affaires se compliquent pour ta pomme. Il va falloir frapper fort. Tu te souviens, tu as fait une série de photos volées en semaine 4. Fais la passer en Grande-Bretagne, au Sun ou au Daily Mail. Compte sur eux, ils la balanceront sans se poser de questions. Les Français, trop couards jusqu’alors, vont se découvrir comme un envie de faire du people. Sans risque, puisqu’ils reprendront les infos des Anglais en disant que quand-même-c-est-dégeulasse-regardez-ce-qu-il-font-les-rosbeefs-nous-on-est-pas-comme-ça. A ce moment-là, Médiapart pourra sortir ce qu’ils veulent, plus personne ne les écoutera. Evidemment, quand les Anglais publieront la paparazzade de Carla et de sa proie, tu garderas un silence indigné pendant quelques jours. Puis tu feras une déclaration scandalisée en expliquant que vous souffrez beaucoup, elle et toi, de ces calomnies. Essaie tout de même de faire un peu pitié, de jouer l’homme blessé, que le public soit convaincu de ton statut d’homme trompé. Là, le ramdam va être au max. Couvertures, émissions télé, il va falloir serrer les dents, on ne va parler que de toi. Tes adversaires se régaleront de te voir à terre, cocufié en mondovision, tes partisans serreront les rangs, émus par ton humanité. Mais les uns comme les autres, ils oublieront rapidement tout scandale politico-financier…
Et si tu as encore besoin de moi en semaine 10, appelle-moi. J’ai plein d’idées, tu sais. (Au fait, j’espère que tu as gardé le numéro de Rachida.)