A Marianne, il y a (et il y a eu) de bons journalistes. Et il y a Bénédicte Charles. Cette semaine, Bénédicte Charles a lu l’interview de Patrick Balkany que nous avons réalisée avec mon compère Sébastien, publiée dans le numéro de Voici sorti samedi dernier. Et elle l’a lu, mais de travers.
«Quand on est un homme politique en campagne ou en promo et qu’on est boudé par les médias, on a traditionnellement le choix entre deux solutions extrêmes : l’accepter (et renoncer à sa faire buzzer sa campagne ou à vendre son bouquin) ou tenter de faire un retour sur la scène médiatique via la presse spécialisée — le mensuel Doggy, si on a un chien, ou l’émission 30 millions d’amis si on a un animal (chien compris). [...] Pour les autres, il reste cependant un espoir : l’interview dans la presse people trash. Ainsi, Patrick Balkany a-t-il accordé un entretien à Voici cette semaine pour assurer la promo son livre. »
Première nouvelle, Voici fait partie de la presse people trash. Trash nous ? Heureusement que nous ne sommes pas trop sensibles à ce genre de petites piques. Même quand elles viennent d’une journaliste bossant pour un hebdo qui a fait une de ses plus grosses ventes, sinon la plus grosse, avec un sujet cousu de fil-blanc, basé sur des on-dit éhontés dont on oserait même pas se servir pour faire la couv du siècle.
Là n’est pas le souci. Le problème, c’est que Bénédicte Charles laisse penser à ses lecteurs que Patrick Balkany, blacklisté par ses confrères, en fut réduit à mendier une interview chez nous pour sa promo. Si Bénédicte avait eu l’idée de nous passer un coup de fil (nos numéros sont dans l’ours du magazine), elle aurait appris que c’est moi qui l’ai tanné pour faire l’interview, l’appelant directement sur son portable. Pourquoi ? Parce dans son livre est traité un sujet qui me passionne : les rapports entre Cécilia Attias et Nicolas Sarkozy (oui je sais).
Ensuite, si Bénédicte avait jeté un oeil aux horribles chaînes privées et à la radio d’état, elle se serait aperçue que Patrick Balkany avait eu droit à une promo au Grand Journal et sur France Inter, au Fou du Roi. Si elle lit la presse bourgeoise, Libération, elle se rendra compte que le sulfureux maire de Levallois y est aujourd’hui invité pour parler de son bouquin.
Gageons que Bénédicte, petite étourdie, est un peu passée à côté de tout ça et a déduit que Pat n’a trouvé que la presse poubelle pour l’accueillir comme, déjà, Vincent Peillon, François Bayrou, Christine Boutin, Frédéric Lefebvre…
« Il raconte donc, et avec le sens du tact qui le caractérise— ceux qui connaissent l’individu savent de quoi je parle —, comment et pourquoi et quand il a couché avec Brigitte Bardot, Shirley MacLaine, Gina Lollobrigida, et tout un tas d’inconnues superbes qui ont littéralement craqué pour cet homme si délicat. Bon, certes, il avoue ainsi avoir (un peu) trompé sa femme. Mais comme il le fait remarquer, « Une femme se fiche que l’on parle des aventures d’un soir. Mais elle déteste qu’on s’attarde sur les relations sérieuses. J’ai donc pris soin de ne pas tout raconter » (entre nous soit dit, quelle finesse !) Et puis, peu importe qu’Isabelle Balkany ait des cornes tellement longues qu’elle ne passe plus sous l’Arc de triomphe : son mari est malgré tout fidèle. En amitié. »
Voilà le drame des journalistes, ils savent écrire, mais pas lire. Car si Bénédicte avait demandé à Michel Lafon de lui envoyer un exemplaire d’Une vérité, la mienne, elle y aurait appris que les aventures de Balkany dont il est question dans cette interview ont eu lieu avant le mariage avec Isabelle. Oh, il y a bien eu un coup de canif dans le contrat mais ce n’est pas de ça qu’il s’agit, là. Dommage, vraiment, qu’elle n’ait pas pris le temps d’ouvrir le bouquin. Cela lui aurait évité d’écrire tout un paragraphe à partir d’une erreur de compréhension.
Le reste à l’avenant. Là où il y a de la gouaille Bénédicte Charles n’y voit que de l’impudeur. Là où il y a une franchise virile, Bénédicte Charles ne voit que de l’inélégance. Aveuglée par son mépris pour l’interviewé, la journaliste est passée complètement à côté de ce qui faisait l’intérêt de l’interview.
Après tout, on n’a que les lecteurs que l’on mérite…

