…ou presque, parce que lors de l’explosion de l’affaire de la rumeur, j’étais en vacances, loin de tout (je ne m’informais que dans Ouest France, autant dire que j’étais coupé du monde).
Tout le monde, ou presque a déjà donné son avis : parfois plutôt bien, en s’interrogeant sur la régulation du net, en réagissant comme un fabricant de chandelles voyant débouler l’ampoule électrique sur le marché de l’éclairage, sympathiquement mais à côté de la plaque, ou en vieux ronchon père-la-morale.
Il ne manquait plus que l’avis de celui qui vit des ragots et des love stories des uns et des autres. Nous y voilà.
La première fois que j’entends parler de la rumeur, c’est le 10 février. Un estimé confrère, du genre à bosser dans la presse sérieuse, m’en avertit par un DM sur Twitter. Comme tout début d’info qui concerne le couple présidentiel (ou Trashida), je me méfie mais je salive. Car la plupart du temps, c’est faux. Mais quand c’est vrai et qu’on publie, c’est le jackpot. Donc on vérifie, et bien, parce que lorsqu’on joue avec le président, mieux vaut avoir de bonnes infos. (Digression : je suis super vigilant sur tout ce qui touche le Château depuis le jour où un ami bien informé m’a appelé pour m’annoncer l’histoire Carla – Nicolas, longtemps avant l’officialisation chez Mickey. C’était tellement gros, j’avais raccroché en rigolant. Vous comprendrez que maintenant, on vérifie – ou on tente de vérifier – tout ce qui est plausible et bakanble).
Je répands immédiatement le bruit dans l’open space de la rédaction web. Un journaliste me confie qu’une consoeur de Elle lui en a parlé cinq jours auparavant au cours d’une fête, mais qu’il n’a pas donné suite, peu convaincu. On décide alors, avec la rédaction print, de creuser. Evidemment… On s’aperçoit rapidement que la rumeur est en train de faire le tour de la plupart des rédactions, télé, radio, presse écrite.
Comment vérifier un truc pareil ?
D’abord, en appelant les traîtres de l’entourage des personnes concernées. En quelques coups de fil, l’histoire commence déjà à sentir le fake. Certains de mes interlocuteurs, normalement bien informés, sont même (ou jouent les ? ) surpris. Ensuite, on se sert de nos bonnes vieilles méthodes (dont je ne vous parlerai pas pour pas aider les avocats qui nous harcèlent d’assignations). Rien ne démoule. Parallèlement, la rumeur se propage quelques jours, avant de retomber. Nous sommes aux alentours du 15 février.
Comment j’ai vu évoluer la rumeur ?
Le 23, une followeuse de province me contacte par DM pour me mettre au courant. Le #brulaybullshit est arrivé jusqu’à elle, qui ne fait pas partie du milieu journalistique. La rumeur a dépassé le petit milieu autorisé parisien. Je lui fais part de mes réserves.
Trois jours plus tard, première évocation, à ma connaissance, du #brulaybullshit, par un twitterer que je ne suis pas, retwitté par un journaliste relativement suivi. Je m’en amuse par un tweet que j’ai depuis effacé à la demande de la personne citée.

Gros RT immédiat de l’annonce de la supposée love affair et de son démenti induit dans mon tweet. Le ragot vivote, sans vraiment prendre. A la rédac, on a laissé tomber. Le 3 mars, je pars en vacances sans ordinateur, mais avec un iPhone. Je ne suis que Twitter, épisodiquement. Le 8, un tweet m’apprend qu’une vieille connaissance, Arnaud Champremier-Trigano, a balancé la rumeur sur son blog (pour de mauvaises raisons, à mon avis.) Le 16, je découvre que la twittosphère francophone est à fond, après la publication d’un autre post sur un blog du JDD (que beaucoup confondront avec un vrai article de vrais journalistes du JDD). La suite, vous la connaissez.
Pourquoi je pense que l’histoire est fausse ?
Parce que, comme je l’ai dit plus haut, les éléments recueillis auprès de contacts qui me sont loyaux dans l’entourage des personnes concernées n’ont jamais confirmé la thèse. Ensuite, parce qu’aucun photographe n’a réussi shooter les deux amants supposés ensemble et pourtant, ils ont dû avoir du monde au derrière. Puis parce qu’un examen de ce qu’on avait de leur emploi du temps ne semblait pas autoriser des rencontres secrètes. Et pour des tas d’autres raisons, qui relèvent du secret de fabrication…
Un autre bruit a couru : des photos des amants en Italie auraient tourné dans les rédactions. Problème : elles ne nous ont jamais été proposées. A moins qu’un journal concurrent les ait eues avant nous et les ait achetées pour les bloquer en espérant soit être bien vu de l’Elysée soit de s’en servir pour obtenir des faveurs (ça s’est déjà vu), c’est qu’elles n’existent pas. Il est inimaginable qu’un canard comme le nôtre, qui a un des plus gros budgets d’achat photos de Paris, ne soit pas dans la course.
Quant à l’escapade thaïlandaise de Biolay et Bruni évoquée par ce «journaliste engagé» elle semble relever à nouveau des mêmes mécanismes de la rumeur : plusieurs personnes racontent exactement la même histoire, calibrée parfaitement pour appuyer la thèse initiale. On pourrait vérifier la réalité de ce séjour, comme il le demande à la fin de son post. Mais on devrait soudoyer des agents d’ADP ou d’Air France et ça, c’est pas notre genre.
Dernier point, un autre événement politico-people dans les cartons du Château depuis des mois, semblerait fortement infirmer cette rumeur…
Fallait-il – et faut-il – en parler ?
Non, il ne fallait pas et oui, maintenant il faut. Non, il ne fallait pas parler de la rumeur en la présentant comme rumeur. Genre : L’incroyable rumeur qui fait mal : Carla se taperait Benjamin. Si nous ne l’avons pas évoquée, c’est parce que nous sentions fortement que tout cela relevait de la pure fantaisie. Ma politique, en traitement des rumeurs, est la suivante. On relaie quand c’est tellement gros que c’en est drôle (la rumeur-joke, comme celle concernant le pénis de Lady Gaga) ou quand suffisamment d’éléments sont présentés et que le faisceau de preuve est conséquent. Dans le cas #brulaybullshit, les risques juridiques et éditoriaux étaient trop grands pour quelque chose qu’on savait pertinemment faux. Ça c’était en février.
Maintenant, en revanche, on peut et il faut l’évoquer, ce que fera très certainement ma rédaction dans son numéro en kiosque demain. Ce qui n’avait que le statut de rumeur est devenu une information : elle a dépassé les milieux journalistiques français pour infiltrer une partie des esprits du pays et la presse étrangère. Le simple bruit a désormais un statut de mini phénomène de société. D’autant que Carla sait comment allumer de jolis contrefeux chez les Anglais. La première dame n’hésite pas à répondre en personne quand des journalistes la questionnent à propos de rumeurs, on peut donc y aller.
Si l’info avait été avérée dès le départ, fallait-il la traiter ?
Aucune hésitation. D’abord, sur un plan purement business, une telle info assure de belles ventes et une belle publicité. Nous l’avions fait quand toute la France ne parlait que de cette personnalité préférée des Français et de sa relation avec une jeune femme. Preuve à l’appui. Cela nous avait couté cher en photos et en frais de justices mais cela valait le coup, éditorialement et financièrement.
Ensuite, parce que je pense que la vie privée est une composante essentielle de la personnalité politique pour laquelle les gens sont appelés à voter. Je dois tout savoir de celui à qui on a mis le pays entre les mains. Confiriez-vous une procuration de vote pour les élections de dimanche à quelqu’un que vous ne connaissez pas ?
J’aurais été rédacteur-en-chef du journal, les faits auraient été avérés, j’y serai allé sans aucune culpabilité. D’autant que Nico et Carla, tout comme Royal ou Dati, n’ont jamais été les derniers à jouer la carte du people…
