Je fais de la presse poubelle mais je la fais bien
5 septembre 2011

Coucou, tu veux voir mon DSK ?

IL est arrivé. Hier matin, Dominique Strauss-Kahn a déboulé à Paris par le vol AF017 en provenance de New York. Une arrivée tout sauf discrète. Les médias français, qui critiquaient le cirque médiatique US lors de l’arrestation de Dominique, le 14 mai, se sont bien fait plaisir. Et tout en soulignant la folie journalistique autour du socialiste, se sont adonnés à une chouette traque qui nous a tenu tout dimanche matin.

 

Au nom du droit à l’information, la pluparts de mes confrères ont plusieurs fois violé la vie privée de DSK (et ils ont bien fait)(il a semblé adorer ça). Dans son journal de 20 heures du 4 septembre, France 2, chaîne du service public à la pointe des questions déontologiques s’est affranchie des règles draconiennes imposées par la législation française pour nous permettre de suivre THE come back.

 

Si France 2 s’en était tenue à sa mission d’information, nous n’aurions vu que cette image :

 

 

DSK et Anne Sinclair à Roissy, après avoir récupéré leur dizaine de bagages. Une seule information : Strauss-Kahn est rentré, on est dans la plaque, la mission de service public est assurée. Mais. Juste après, le reportage enchaîne avec des images de la traque.

 

 

Une voiture, identifiée comme celle de l’ancien boss du FMI, trace sur l’A1 en direction de Paris. Un trajet qu’on a pu suivre en direct sur BFMTV en mangeant ses Chocapics, le matin même. Valeur informative ? Nulle, diront certains. Viol de la privée ? Mineur. Il est constitué, mais ne pourrait donner lieu à une assignation (seulement aggraver l’atteinte à la vie privée en cas de procès). Le véhicule a été suivi jusqu’au domicile de DSK, à Paris, où l’attendait un comité d’accueil composés d’un gros gros paquet de journalistes.

 

 

Dominique Strauss-Kahn sort de son véhicule dans la cohue. La présence des journalistes est tout à fait justifiée. L’ancien locataire de Riker Island pourrait faire une déclaration avant de regagner ses pénates. Ne pas y être serait une faute professionnelle. Il n’en a pas fait. France 2 diffuse tout de même les images. Valeur informative ? Minime : on voit que DSK a la banane (ce qu’on découvrait déjà sur les photos de Charles de Gaulle), on a la confirmation par l’image que Strauss-Kahn n’a pas fait de déclaration. Viol de la vie privée ? Potentiellement important. En diffusant ces images France 2 dévoile l’adresse privée de Dominique Strauss-Kahn. Ok, Dominique Strauss-Kahn est dans l’annuaire (tout comme sa fille, Camille), l’atteinte est très relative. Pour autant, pas sûr que la rédaction de France 2 ait pensé à le vérifier avant la diffusion des images où le domicile est clairement identifiable lors du duplex, grâce à l’échoppe bleue visible à côté de la porte d’entrée.

 

 

Même si cela ne vaut pas forcément procès, la divulgation de l’adresse d’une personne peut être considérée comme circonstance aggravante pour un juge tatillon (comme sur lesquels nous, on tombe toujours).  N’ayant pu vraiment bien le filmer devant sa porte, des petits malins ont décidé de le filmer derrière. On voit ainsi Dominique Strauss-Kahn et Anne Yummy Sinclair dans la cour de leur immeuble, place des Vosges.

 

 

Valeur informative ? Relativement importante : le petit coucou de DSK et de son épouse à la caméra montre un homme détendu, heureux et serein, amusé de l’agitation. Une sorte de blanc-seing à la presse : vous pouvez me filmez, je kiffe. Viol de la vie privée ? Sur la papier : énorme. Filmer une personne se trouvant dans un lieu privé relève du pénal (Article 226-1), une infraction punie d’un an de prison de de 45 000 euros d’amende si les juges sont dans un mauvais jour (ou que vous bossez pour la presse people). Alors certes, France 2 peut toujours arguer du fait de DSK est content, il fait coucou et tout. Mais quand les caméras ont été disposées de manière à filmer la cour, les JRI ne savaient pas encore qu’il ferait coucou (à moins qu’il y ait eu un accord entre le filmé et le filmant, je n’ose le croire).

 

 

BREF. Dans le court sujet, France 2 – et toute la presse française, BFMTV en tête avec son live tout dimanche matin – s’est mise à la hauteur de ses confrères US et UK. Au nom du droit à l’information, ou, comme on le sentait dans les commentaires de France 2, pour souligner le cirque médiatique et l’avidité des journalistes.

 

Le journalisme français, en prenant ses distances avec LA CHARTE, est sur la bonne voie. Ne lui reste plus qu’à assumer sa tentation voyeuriste. Peut-être avec la naissance de l’enfant des Bruni-Sarkozy ?